23 janvier 2007

Shame on you, KFC!

Tout le monde sait que le temps, c'est de l'argent, mais je ne l'ai jamais aussi bien vécu que ce soir. Une fois ma journée de travail terminée, l'appétit me tenaillait de façon soutenue. Quoi de plus naturel que de chercher à répondre à ce besoin de la façon la plus efficiente possible? Ma solution: le petit 2$ du mardi, chez Kentucky, soit 2 morceaux de poulet et une frite pour 2,84$. Mais comment aurais-je pu deviner que toute la bourgeoisie de Dollard-des-Ormeaux s'était donnée rendez-vous pour une succulente communion de gastronomie ma foi discutable?

Toutefois, c'est bien mal me connaître que de penser qu'une file de 15 personnes suffit à me faire renoncer. Armé d'une patience à toute épreuve, c'est avec un esprit zen que j'aborde ce défi de tous les instants. Mais, plus les minutes passent, et plus je constate l'incapacité chronique de tous les "équipiers" du restaurant à faire preuve d'un minimum de simulacre d'efficacité. Les réactions des clients sont variées: indifférence, patience divine, amusement ou encore colère fort mal dissimulée. Pour ma part, je constate avec stupéfaction à quel point une malchance que partage un groupe de parfaits inconnus contribue à créer des liens qui n'auraient jamais vu le jour autrement. Une discussion fut subitement lancée, sur l'importance de se plaindre au gérant d'une telle lenteur et surtout, sur l'absence chronique de stress de la part des travailleurs. De même, pourquoi passer le balai quand une horde de gens affamés vous regardent droit dans les yeux? Pour moi, cela relève purement et simplement du suicide! Un individu ajoute alors qu'il ne doit pas y avoir de gestionnaire doté d'un MBA dans cet établissement, ce à quoi je réponds qu'il convient mieux de faire fonctionner adéquatement une administration publique qu'un "fast"-food, fast étant bien relatif dans le présent cas.

Après 45 minutes, j'ai enfin pu savourer mon festin. Si les travailleurs pré-ados boutonneux de ce restaurant sont à l'image de l'ensemble des travailleurs du Québec, alors le Premier ministre émérite, Lucien Bouchard, a raison, lorsqu'il affirme que nous, Québécois, sommes paresseux au travail! Mais comme la société dans laquelle je vis fonctionne encore, j'en conclus que nous sommes davantage à l'image des fourmis dans une fourmilière, le tout relaté par Bernard Werber: 1/3 des gens sont productifs, 1/3 le sont plus ou moins, et le dernier tiers ne l'est aucunement et peut même nuire à l'avancement de la société. Les dégâts du dernier tiers doivent être réparés par les autres. Et pourtant, malgré ce constat troublant, cette collectivité fonctionne à merveille!

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