13 mars 2007

Au sortir de l'arène des gladiateurs

Je suis impressionné, un débat des chefs durant lequel je n'ai pas eu envie de zapper; mon intérêt était maintenu de façon vive et constante. Je ne crois pas qu'il y ait de grand gagnant, la bataille électorale va continuer à faire rage au cours des deux prochaines semaines.

Jean Charest s'est présenté avec prestance. Manifestement, il voulait incarner une image de chef d'État. Pari réussi à cet égard. Cependant, il ne pouvait pas répéter la stratégie de 2003, où il avait exploité une pseudo-controverse concernant une déclaration de Jacques Parizeau. Dans la même optique, il ne pouvait faire preuve de démagogie à outrance. Il a vanté ses réalisations en santé, tout en reconnaissant que beaucoup reste à accomplir, une manifestation d'humilité qui ne lui est pas coutumière. Et le fait de blâmer à de nombreuses reprises les erreurs du gouvernement du PQ met en lumière ses difficultés à défendre son propre bilan: un peu comme un enfant dans une cour d'école: "C'est pas moi, Madame, c'est lui qui a commencé!". Il n'a pas réussi à se porteur d'une vision d'avenir pour le Québec, tant il était occupé à projeter une image zen et en contrôle: au-delà des bonnes intentions, quel type de société propose le chef du parti libéral?

André Boisclair n'avait rien, mais absolument rien à perdre, tant les gens avaient une perception négative de lui. Il est arrivé préparé, confiant, avec une maîtrise générale de ses dossiers. Mais parler souveraineté quelques minutes, est-ce suffisant pour convaincre le Québec de le suivre sur la voie de l'indépendance? Les militants radicaux ne pourront accepter de former encore une fois le "bon gouvernement", et ce, même si les citoyens considèrent majoritairement qu'il ne s'agit pas d'une priorité. Le chef du Parti québécois a tenté de trancher ce noeud gordien, avec un résultat somme toute acceptable. Cela rappelle la "double pensée" orwellienne: un message pour les militants péquistes, et un autre pour l'ensemble des électeurs. Mais quelle manie agaçante de toujours annoncer qu'il allait poser une question: "Je vais vous poser une question très précise", pour ensuite la poser, certes, mais après quelques inévitables envolées lyriques qui tuaient l'élan qu'il s'était donné quelques secondes auparavant. Cependant, il s'est fait mordant, quoique peu à l'écoute. Il aurait eu avantage à saisir au bon la balle que lui tendaient parfois ses adversaires au lieu de persister à 4 ou 5 reprises à obtenir une réponse à sa question.

Mario Dumont était celui, à mon avis, qui avait le plus à perdre dans ce débat. Le sous-marin adéquiste a émergé au cours de la présente campagne électorale, à la stupéfaction générale. Si un chat a neuf vies, Dumont doit avoir des traits félins: il en est déjà à sa 4e élection! Il se devait de consolider ses appuis tout nouveaux, car la mobilité des adéquistes est la plus élevée parmi les grands partis. Il n'a pas eu de difficulté à établir le contact télévisuel, fidèle à son habitude. Cependant, il a évité de répondre à plusieurs questions embarrassantes, notamment à celle d'André Boisclair au sujet de la marge de manoeuvre disponible au Québec, ou encore à la remarque de Jean Charest concernant la faiblesse de son équipe. Mais il a sorti, de l'aveu même du Premier Ministre, un lapin de son chapeau: un document compromettant sur le viaduc de la Concorde, violant au passage les règles du débat, établies de façon consensuelle entre les trois partis. Du populisme à son meilleur, mais diablement efficace!

Un gagnant? Chacun a raison de son propre point de vue, alors tous les chefs pourront dormir ce soir le sourire aux lèvres. Mais aucun n'est en mesure de triompher, la fin de la campagne s'annonce passionnante. Le reste est maintenant entre les mains des "Québécois et Québécoises"!

1 commentaire:

Marc-André Russell a dit...

Non mais, j'aime ton analyse Alex.

On sait toujours pas qui formera le prochain gouvernement... Ce sera dur de dormir lundi soir prochain :)))