2 avril 2007

La poussière retombe tranquillement ou comment vivre après les élections québécoises

Raz-de-marée, vague déferlante, invasion barbare, tsunami, toutes les épithètes ont été utilisées pour décrire la montée de l'ADQ lors des élections québécoises. Personne n'avait prévu une telle volonté de changement de la part des électeurs, la consternation était palpable dans tous les grands médias. Bernard Derome, qui, d'habitude, masque relativement bien son parti pris libéral (!), peinait à cacher son désarroi devant l'incontestable montée adéquiste: index sur la tempe, interruption constante de ses invités, manque d'écoute flagrant, bref, il devenait aisé de constater que le présentateur n'était pas en train de gagner ses élections!

Mais revenons aux résultats électoraux de lundi soir. Plusieurs commentateurs ont interprété le vote pro-adéquiste uniquement endans l'optique d'un désir de protestation. Analyse ma foi réductrice, qui ne tient pas compte du fait que Mario Dumont a porté les revendications de nombreux groupes à l'Assemblée nationale:

- les jeunes familles, particulièrement celles pour qui les formules étatiques ne répondent pas adéquatement à leurs besoins: promesse d'allocation de 100$ par semaine par enfant de moins de 6 ans
- les personnes âgées: instauration d'une commission d'enquête qui se pencherait sur le statut des gens du troisième âge
- les étudiants: abolition des commissions scolaire, dans le but de maximiser les services aux étudiants
- les "White Angry Young Men": principalment issus de la génération X, ils réclament la possibilité de bénéficier de projets d'avenir stimulants et d'avoir les moyens de leurs ambitions, comme ce fut le cas pour les baby-boomers
- les patients: instauration d'un système de santé mixte, la présence du privé créant une dynamique de saine compétition avec le secteur public

Mais la clé demeure incontestablement le nationalisme. Dumont propose des gestes concrets, qui deviennent uen forme "d'affirmation nationale" (clin d'oeil Pierre-Marc Johnson, héhé): adoption d'une constitution québécoise et revendication de la spécificité québécoise au sein d'un espace économique de plus grande envergure. Et surtout, ne pas craindre d'évoquer son passé, pour ensuite se tourner confiant vers l'avenir. Je souhaite qu'en tant que peuple, on s'inspire d'un arbre: les racines bien ancrées dans le sol, mais les branchent tendant vers le ciel, à la recherche de nouveaux horizons où se déployer.

Mais ciel, suis-je vendu au programme de l'ADQ? Je n'en ferais pas la promotion virulente, mais à mon avis, force est de reconnaître que les idées véhiculées par ce parti conduisent à un redéploiement de l'échiquier politique vers le centre-droit. En tant que souverainiste de centre-droite, je considère que la souveraineté est souhaitable à long terme. Toutefois, je considère que les désirs d'un peuple doivent être respectés. Une association économique avec le Canada peut être viable, tant que le Québec peut se comporter librement en tant que peuple. Et ça, ça part d'abord et avant tout de la capacité à croire en ses moyens. C'est pour cette raison que, pour la moi, la souveraineté est un moyen, et non pas une fin. Je peux donc concevoir qu'un fédéralisme décentralisé et respectueux des spécificités soit une possibilité crédible. Autant que je méprise la centralisation à la trudeau-chrétien (et, par ricochet, leur vision bon enfant d'un pays uniforme coast-t-coast), autant la formartion d'un pays en oubliant le pourquoi de cette révolution me paraît déconnecté de la réalité.
Un examen de conscience majeur se présente maintenant chez les péquistes. Le vieux réflexe facile sera évidemment d'exécuter le chef sans autre forme de procès. Mais il faudra s'interroger sur la pertinence de containdre tout chef à tenir un référendum le plus tôt possible dans un mandat, tel Faramir envoyé pour reprendre Osgiliath assiégée dans le Seigneur des Anneaux. Un pays pour quoi, un pays pour qui et un pays comment? Il faut répondre de toute urgence à ces questions, mais surtout réaliser que les Québécois veulent être respectés pour ce qu'ils sont, et que la souvereaineté n'est qu'un des moyens possibles d'y parvenir. Les souverianistes avaient besoin d'un électro-choc, à eux d'agir en conséquence, leur destin est entre leurs mains. Car la souveraineté n'est pas morte, elle dort. Il agir en tant que nation souveraine, ce qui implique d'arrêter d'avoir la tête baissée. Une fois notre fierté collective retrouvée, le choix d'un pays pourra se faire, ou encore rester au sein du Canada, mais tellement confiants en nous que rien ne pourra briser cet élan!
Quant aux libéraux de Jean Charest, ils devront faire un bilan d'une campagne ratée, à défaut d'avoir pu présenter un bilan de qualité en tant que gouvernement. Fait inquiétant: le parti libéral a reçu l'appui d'à peine un francophone sur 4. Mais comment peut-il en être autrement quand on prétend sans arrêt que "le fruit n'est pas mûr". De plus, il ne faut pas oublier que c'est Harper, à Ottawa, qui a fait plus pour le Québec, sur la scène canadienne, que Charest, ce dernier n'ayant rien demandé à son vis-à-vis! Et on ne peut pas espérer une forte adhésion sur une vision à la petite semaine, sans aucune perspective à long terme. Un gouvernement libéral tenu en laisse, le temps que Dumont se fasse les dents et que le PQ se renouvelle (pour vrai cette fois, espérons-le), voilà qui me fait dire: je suis fier du Québec!

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